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Stephan van Vuren
De la VFR au BVLOS : pourquoi la formation des pilotes de drones entre dans une ère aéronautique

Dans cet article, le PDG d'AirHub Stephan van Vuren partage son parcours du pilotage manuel à la nouvelle ère des opérations de drones.
J'ai commencé à voler dans un avion à pistons monomoteur selon les règles de vol à vue (VFR). Je pilotais un avion à pistons monomoteur où la navigation consistait à regarder dehors par la fenêtre et où la séparation se résumait simplement à garder les yeux bien ouverts. Tout était immédiat et guidé par l'instinct. Des années plus tard, je suis passé à l'Airbus A320, en pilotant un avion à réaction multimoteur selon les règles de vol aux instruments (IFR). Le monde a changé. Voler consistait moins à regarder dehors qu'à gérer les systèmes, interpréter les instruments, s'intégrer au contrôle du trafic aérien et comprendre l'automatisation.
C'était un bond immense, mais la partie la plus difficile n'était pas d'apprendre la technologie. C'était de désapprendre le pilote que j'avais été.
Aujourd'hui, je vois la même transition se produire dans l'industrie des drones.
Pendant de nombreuses années, les opérations de drones ressemblaient au vol VFR. La plupart des missions étaient menées à vue. Le pilote se tenait à proximité, maintenait un contact visuel direct et contrôlait manuellement l'aéronef. La conscience de la situation était essentiellement visuelle. L'aéronef était proche. L'environnement était relativement simple. La formation reflétait cette réalité, en mettant l'accent sur les connaissances de base de l'espace aérien, la météorologie et la manipulation sûre de la plateforme.
Mais les opérations de drones ne se limitent plus à ce modèle.
À mesure que les drones s'intègrent dans les opérations de sécurité publique, de sécurité et d'infrastructures critiques, la complexité des missions a considérablement augmenté. Les forces de police déploient des drones comme premiers intervenants via des systèmes Drone-in-a-Box. Les exploitants d'infrastructures réalisent des inspections à longue distance d'actifs ferroviaires ou énergétiques. Les ports et les sites industriels intègrent les drones dans des stratégies de surveillance continue. Ces missions sont souvent urgentes, dynamiques et critiques sur le plan opérationnel.
Dans cet environnement, voler en visuel ne suffit plus.
L'équivalent de l'IFR dans le monde des drones, ce sont les opérations Beyond Visual Line of Sight (BVLOS). Tout comme les pilotes IFR s'appuient principalement sur les instruments et des procédures structurées plutôt que sur le repère visuel extérieur, les pilotes de drones BVLOS dépendent de la télémétrie, de trajectoires de vol automatisées, de données d'espace aérien et de systèmes intégrés. L'aéronef peut se trouver à des kilomètres. La supervision visuelle directe est absente. L'automatisation joue un rôle central. L'atténuation du risque réglementaire est intégrée dans les évaluations SORA et les autorisations d'exploitation.
Opérer à cette distance sollicite beaucoup davantage les capacités cognitives du pilote.
Une idée reçue courante veut que l'automatisation réduise la charge de travail. En réalité, elle la déplace. Dans le cockpit d'un Airbus, l'automatisation ne supprime pas la responsabilité. Elle exige une surveillance constante, des vérifications croisées et de l'anticipation. Le pilote devient un gestionnaire de systèmes plutôt qu'un simple opérateur aux commandes manuelles.
Il en va de plus en plus de même pour les pilotes de drones opérant dans des environnements complexes. Même si l'aéronef suit une trajectoire automatisée, le pilote doit traiter simultanément plusieurs flux d'informations. Les données de télémétrie et d'état doivent être surveillées. Les mises à jour de l'espace aérien doivent être interprétées. Les systèmes de détection peuvent générer des alertes nécessitant une évaluation contextuelle. Les conditions météorologiques peuvent évoluer. La coordination avec les équipes au sol ou les structures de commandement peut être continue.
Dans les missions ponctuelles de sécurité publique, la pression est encore plus forte. Un drone peut devoir être lancé en quelques secondes. L'environnement peut être encombré. L'aviation habitée peut évoluer à proximité. Les flux vidéo en direct doivent être interprétés tout en maintenant une séparation sûre et la conformité réglementaire. Les décisions doivent être prises rapidement, souvent avec des informations incomplètes.
Ces opérations vont bien au-delà du simple vol en VLOS et exigent la discipline structurée de l'aviation aux instruments.
Par conséquent, la formation des pilotes doit évoluer. Les certificats réglementaires ne suffisent pas pour les organisations opérant à grande échelle. Les opérations complexes nécessitent des procédures structurées, une formation fondée sur des scénarios, des cadres d'escalade clairs et une culture de standardisation. Les principes de gestion des ressources de l'équipage, déjà profondément ancrés dans l'aviation habitée, deviennent eux aussi pertinents pour les équipes de drones. Le pilote fait partie d'un système opérationnel plus large et n'est pas un opérateur isolé.
L'industrie des drones est, à bien des égards, en train de grandir. Elle passe d'une expérimentation pionnière à une intégration opérationnelle mature. Tout comme l'aviation habitée a développé des couches de sécurité fondées sur la formation, les procédures, le compte rendu et la conception des systèmes, les opérations avancées de drones exigent désormais la même discipline.
Chez AirHub, nous abordons les opérations de drones avec cet état d'esprit aéronautique. Notre plateforme est conçue non seulement pour gérer les aéronefs, mais aussi pour soutenir une planification structurée des missions, l'intégration dans l'espace aérien, le suivi de la conformité et l'intégration de sources de données externes telles que l'UTM et les systèmes de détection. Notre objectif est de permettre aux pilotes de gérer la complexité de manière sûre et efficace.
D'un point de vue conseil, cela signifie aider les organisations à traduire des cadres réglementaires tels que le SORA en concepts opérationnels pratiques. Cela signifie définir des normes de formation qui reflètent les réalités des opérations BVLOS et multi-agences. Cela signifie intégrer la gouvernance et les procédures d'escalade dans les flux de travail quotidiens. Plus important encore, cela signifie reconnaître que les opérations avancées de drones ne consistent plus seulement à voler.
Dans mon propre parcours, du vol VFR sur monomoteur aux opérations IFR sur jets multimoteurs, le changement décisif a été de comprendre qu'un vol sûr repose sur des systèmes, de la discipline et une pensée structurée. La même transition est aujourd'hui en cours dans l'industrie des drones.
Les organisations qui reconnaissent ce changement et investissent dans la formation professionnelle, la gouvernance opérationnelle et des systèmes intégrés seront les mieux placées pour opérer en toute sécurité dans un espace aérien de plus en plus complexe. Dans cet environnement, le pilote de drone évolue vers un gestionnaire de systèmes et un évaluateur des risques, devenant une partie centrale d'un écosystème opérationnel coordonné. Cette transition marque la véritable maturation de notre industrie.