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Nerissa Goedhart
Un guide pratique des opérations BVLOS en Europe

Pour une unité de police, une équipe de sécurité ou un gestionnaire d'infrastructure, un drone devient nettement plus utile à partir du moment où il peut voler au-delà de la vue directe du pilote. Les opérations BVLOS vous permettent de vous rendre sur le lieu d'un incident à l'autre bout d'une ville, de patrouiller sur un grand site depuis une station d'accueil ou d'inspecter un actif éloigné sans avoir à déplacer toute l'équipe. Le parcours réglementaire est plus clair qu'il y a deux ans. Ce guide présente ce que signifie le BVLOS en pratique, les trois voies d'accès à une autorisation, la situation suite à la publication de la SORA 2.5 et ce qu'exige la conduite des opérations une fois les formalités administratives accomplies.
Ce que le BVLOS implique pour vos opérations
BVLOS signifie « beyond visual line of sight », soit au-delà de la vue directe. Ce terme englobe tout vol au cours duquel le pilote à distance, ou un observateur, ne peut plus voir l'aéronef à l'œil nu.
Cette simple étape change la donne quant aux possibilités d'un programme de drones. Une équipe de premiers secours peut observer une scène située à plusieurs kilomètres avant même l'arrivée du premier véhicule. Une équipe de sécurité peut patrouiller sur un vaste site à l'aide d'un drone en boîte (ou station de recharge) sans pilote sur le terrain. Un gestionnaire de réseau peut inspecter des kilomètres de lignes électriques ou de voies ferrées depuis un seul point de lancement.
La contrepartie réside dans la surveillance. Lorsque vous ne voyez pas l'aéronef, vous assumez une responsabilité accrue quant à la connaissance de sa position, de son environnement et des mesures à prendre en cas de défaillance. Les règles européennes s'articulent autour de cette problématique, raison pour laquelle presque tous les vols BVLOS relèvent de la catégorie Spécifique de l'EASA.
Pourquoi les opérations BVLOS en Europe relèvent de la catégorie Spécifique
La réglementation européenne sur les drones répartit les opérations en trois catégories : Ouverte, Spécifique et Certifiée. La catégorie Ouverte est destinée aux vols à faible risque en vue directe. La catégorie Certifiée concerne les opérations à risque très élevé, plus proches de l'aviation habitée. Le BVLOS se situe presque toujours au milieu.
Pour voler dans la catégorie Spécifique, vous devez obtenir une autorisation d'exploitation de la part de votre autorité aéronautique nationale. Vous y parvenez en évaluant le risque de l'exploitation, ce qui permet de définir un niveau d'assurance et d'intégrité spécifique, ou SAIL, allant de I à VI. Plus le niveau SAIL est élevé, plus l'autorité s'attend à recevoir de preuves, et plus l'aéronef lui-même doit faire ses preuves. Déterminer approximativement votre niveau SAIL avant de commencer la rédaction vous évitera bien des réécritures ultérieures.
Trois voies d'accès à une autorisation BVLOS
Le choix de la voie dépend de la conformité de votre opération par rapport aux standards.
Un scénario standard, ou STS. Le STS-02 est le scénario dédié au BVLOS et il est disponible depuis janvier 2024. Il couvre les vols au-dessus d'une zone terrestre contrôlée dans un environnement à faible densité de population, avec un aéronef marqué de la classe C6, jusqu'à une hauteur de 120 m, et jusqu'à 1 km du pilote à distance, ou jusqu'à 2 km en cas d'utilisation d'observateurs de l'espace aérien. Vous l'exploitez sur simple déclaration auprès de votre autorité nationale plutôt que sur demande d'autorisation, et les mêmes documents administratifs sont reconnus dans tous les États membres de l'EASA. Si votre opération s'y prête, il s'agit de loin de la voie la plus rapide.
Une évaluation prédéfinie des risques, ou PDRA. L'EASA publie ces évaluations pour les types d'opérations courants, de sorte que vous adaptez une évaluation existante au lieu de partir d'une feuille blanche. La PDRA-S02 couvre des opérations comparables à la STS-02 pour des aéronefs ne disposant pas du marquage C6.
Une SORA complète. Pour tout ce que les deux premières options ne couvrent pas. Elle exige plus de travail, mais elle vous laisse la liberté de décrire et de justifier une opération sur mesure.
Les équipes de sécurité publique commencent souvent par un scénario standard pour la formation et les vols locaux, puis passent à une SORA à mesure que leurs ambitions grandissent. Vous pouvez découvrir l'approche des forces de l'ordre sur notre page consacrée à la sécurité publique.
La SORA 2.5 est désormais la méthode en vigueur, et l'échéance dépend des pays
La SORA 2.5 est la méthode d'évaluation des risques acceptée dans toute l'UE depuis sa publication par l'EASA en septembre 2025. Si vous partez de zéro, c'est tout simplement la version à utiliser, et nous avons analysé les changements dans notre article sur la SORA 2.5 dans les Easy Access Rules de juin 2026.
Ce qui surprend les exploitants, c'est la date limite, car la période pendant laquelle chaque autorité acceptait encore l'ancienne SORA 2.0 a été définie au niveau national. L'Espagne a clos les dossiers en novembre 2025, la Finlande a exigé la version 2.5 pour les nouvelles demandes à compter du 31 mars 2026, et la Suisse à compter du 1er avril 2026. Les autorisations déjà accordées sous la version 2.0 restent généralement valables jusqu'à leur date d'expiration. Confirmez la situation auprès de chaque autorité avec laquelle vous travaillez et vérifiez la date de validité des autorisations que vous détenez déjà.
Il convient toutefois de dissiper une fausse attente. Les présentations de la SORA 2.5 mettent souvent en avant un allègement des preuves requises, mais la propre déclaration de l'EASA à ce sujet concerne les opérations en vue directe à faible risque. Pour le BVLOS, les indices de risque au sol s'avèrent souvent plus élevés qu'avec la version 2.0, bien que les exigences de confinement aient été assouplies. Évaluez à nouveau votre propre cas plutôt que de supposer que le processus est devenu plus simple. Le risque au sol est désormais calculé en fonction de la densité de population ainsi que de la taille et de la vitesse de l'aéronef, et l'outil d'évaluation de la zone critique (Critical Area Assessment Tool) de l'EASA peut vous aider à démontrer que votre exposition réelle est inférieure à ce que suggèrent les tableaux de référence.
Si vous butez sur les démarches administratives, notre équipe de conseil en réglementation accompagne les exploitants tout au long de l'évaluation et de la demande d'autorisation.
Ce que cela implique pour l'aéronef
Deux éléments concernant l'aéronef sont plus importants que tout le reste.
Le premier est le marquage de classe. La voie STS-02 nécessite un aéronef marqué C6. Si vous achetez du matériel pour le BVLOS et souhaitez bénéficier de la voie rapide, ce marquage doit figurer dans le cahier des charges.
Le second est la preuve de conception. Au niveau SAIL III, une autorité compétente peut accepter une déclaration de conformité du fabricant pour les objectifs de sécurité liés à la conception, ce qui vous évite une part importante d'analyses. DJI a publié un dossier de ce type en juillet 2026 pour le Dock 3 et la série Matrice 4D. Au niveau SAIL IV, cette possibilité n'est plus offerte et le concepteur doit présenter un rapport de vérification de la conception (Design Verification Report) délivré par l'EASA.
Développer des opérations BVLOS évolutives en Europe
Une autorisation vous permet de décoller. Mener une opération sûre et reproductible est un travail de longue haleine, et c'est là que les programmes rencontrent des difficultés à mesure qu'ils se développent.
Trois éléments font la différence. Le premier est la conscience de la situation. Lorsque l'aéronef est hors de vue, votre salle de contrôle a besoin d'une image claire et en direct de ce qu'il voit et de sa position. C'est pourquoi le suivi des opérations en direct et une vue opérationnelle partagée sont au cœur de toute configuration BVLOS sérieuse. Le deuxième est la traçabilité. Chaque vol BVLOS doit donner lieu à un carnet de vol rigoureux, indiquant les heures de vol par pilote, que vous pourrez présenter à un auditeur ou à votre autorité nationale. Le troisième est l'évolutivité. Dès que vous gérez plus de quelques aéronefs, stations d'accueil (docks) et pilotes, vous avez besoin d'une gestion de flotte pour garder le contrôle de l'ensemble de l'exploitation depuis un point unique.
Pour les exploitants du secteur public, le traitement des données doit figurer sur cette liste. Le lieu de stockage de vos données de vol et de mission, ainsi que les personnes qui peuvent y accéder, font souvent partie des discussions relatives à l'autorisation et presque toujours des processus d'achat. C'est précisément pour cette raison qu'il existe des options d'hébergement européen et de déploiement sur site (on-premise).
Si le BVLOS devient une routine pour vous, il est utile de s'intéresser au certificat d'exploitant d'UAS léger (LUC). Votre autorité nationale évalue votre organisation et peut vous accorder des privilèges allant jusqu'à l'auto-autorisation de vos propres opérations, ce qui convient particulièrement aux exploitants qui volent déjà régulièrement dans la catégorie Spécifique et au-delà des frontières.
Comment planifier votre premier vol BVLOS
Définissez l'opération en termes simples : la zone, la hauteur, l'aéronef et son marquage de classe, ainsi que ce qui se trouve au sol en dessous. Choisissez votre voie en fonction de sa correspondance avec le STS-02, une PDRA publiée ou votre SORA. Réalisez l'évaluation des risques et vérifiez si votre opération s'inscrit dans le niveau SAIL approuvé. Rassemblez vos preuves, y compris toute déclaration du fabricant concernant votre aéronef. Soumettez votre dossier à votre autorité nationale et préoyez du temps pour les questions, car le traitement est lent dans plusieurs États membres. Pendant que vous attendez, configurez les outils sur lesquels vous vous appuierez en vol : transmission en direct vers la salle de contrôle, enregistrement des vols et vue opérationnelle unique. Ensuite, formez-vous et répétez l'opération avant de la réaliser en conditions réelles.
Une mise en garde mérite d'être formulée clairement. Les autorités nationales interprètent et appliquent le cadre réglementaire à leur manière, il convient donc de confirmer les spécificités auprès de la vôtre avant de vous engager dans un projet.
Le BVLOS est le point de départ d'un véritable rayonnement opérationnel pour un programme de drones. Avec une préparation adéquate et les bons outils, il est tout à fait à la portée d'un exploitant professionnel.




